KZ Natzwiller-Struthof : le seul camp de concentration de France

Créé pendant la seconde guerre mondiale, lorsque l’Alsace et la Moselle avaient été annexées par le Troisième Reich, le camp KZ Natzwiller-Struthof est le seul camp de concentration sur le territoire aujourd’hui français. Classé monument historique en 1950, il est désormais ouvert au public afin de ne jamais oublier cette triste période de l’Histoire … quitte à en rajouter parfois ? C’est ce que nous sommes demandés lors de notre visite ce weekend.

Dans un premier temps, la visite commence par le Centre européen du résistant déporté ; immense bâtiment en béton, ultra-moderne et épuré, qui renferme une exposition d’introduction à la visite du camp. À travers de nombreuses affiches et un film d’une dizaine de minutes, nous découvrons l’ancienne organisation du KS Natzwiller-Struthof mais aussi celle des autres camps tristement célèbres comme Dachau ou Auschwitz-Birkenau.

Voyages-et-Compagnie.com | Natzwiller-Struthof

©Wikipedia | L’entrée du camp nazi, et un mirador de surveillance

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©Wikipedia | Panorama du camp de concentration de nos jours

Nous décidons ensuite de visiter la chambre à gaz, située à 2 km en contrebas du camp. Comment imaginer qu’un si petit bâtiment ait pu abriter autant d’horreur ? Les pièces semblent être restées dans leur état d’origine, et les explications lisibles sur les panneaux installées dans ce lieux sont tellement précises que l’on s’imagine avec effroi les derniers souffles des victimes.

Pour terminer cette visite, nous nous rendons directement sur le camp. Et c’est ici, en ce lieu pourtant historique et chargé d’émotion, que nous nous sommes posés une question quelque peu dérangeante : À quel moment un monument historique peut-il basculer dans l’attraction pure et dure, au détriment de la réalité ?

©Wikipedia | Potence destinée aux exécutions, et le four crématoire du camp

©Wikipedia | Potence destinée aux exécutions, et le four crématoire du camp

En effet, à notre arrivée, on nous annonce que certains bâtiments sont en cours de restauration. Nous nous attendons alors à une restauration respectueuse de l’état d’origine des lieux, pour lutter contre la détérioration inévitable pour ce genre de lieux ouverts au public … C’est avec donc surprise que nous nous sommes retrouvés devant le bâtiment abritant les fours crématoires, refait totalement à neuf : peinture verte détonante et nouvelle cheminée moderne, nous faisant presque penser à un décors de parc d’attraction.

À l’entrée du camp, c’est la même surprise : face à l’immense portail, impressionnant et évocateur de la dureté des conditions de vie des déportés, nous entendons par hasard un guide. Celui-ci explique alors qu’il ne s’agit pas de l’entrée d’origine, qui n’était à l’époque qu’un simple grillage de barbelés d’une hauteur de 2m environ. Alors pourquoi l’avoir remplacé par cette structure imposante ? Pourquoi rajouter une couche de dramatique, comme si la réalité n’était pas assez impressionnante et attractive ? En ce lieu ayant détenu près de 52000 personnes, où près de 22000 innocents ont perdu la vie, où a eu lieu des exécutions sommaires, des expériences médicales d’une grande atrocité, … ces libertés de restauration, qui peuvent sembler anodines pour certains, nous laisse encore aujourd’hui perplexes.

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©Wikipedia | Le Mémorial national aux martyrs et héros de la déportation

Infos pratiques :
Natzweiler-Struthof : Route Départementale 130, 67130 Natzwiller
Tarif : 6,00 €/personne (prix réduits pour les enfants, étudiants, …)

Horaires et plus d’informations sur www.struthof.fr
Par pudeur et respect, nous n’avons pas pris de photos pendant cette visite.

4 Comments

  • de-pages-en-pages dit :

    Ah oui, c’est assez bizarre qu’ils restaurent tout comme ça…

    • Camille F. | Voyages et Compagnie dit :

      Effectivement … Et surtout qu’après avoir visité le camp d’Auschwitz-Birkenau en Pologne qui est riche en émotion et respectueux de l’histoire, cette visite a semblé encore plus « artificielle ».

  • Chrissand dit :

    C’est toujours le problème des restaurations et reconstitution, on est souvent loin de la réalité. Dans un autre registre, nous avions été déçu par certains sites archéologiques en Crète à cause de cela.
    Merci pour cet article, je ne savais pas qu’il y avait un camp en France.
    Bonne continuation dans votre blog qui est très intéressant (je m’abonne :) )

    • Camille F. | Voyages et Compagnie dit :

      C’est vraiment dommage de restaurer un lieu au point de perdre une partie de son histoire … Merci pour votre gentil commentaire et pour votre abonnement, en espérant que les prochains articles seront à la hauteur de vos attentes. :)

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